Mar 02

L’anxiété sociale normale et pathologique

Qu’est-ce que l’anxiété sociale ?

L’anxiété sociale peut se définir comme l’appréhension que l’on ressent en situation sociale, lorsque l’on se trouve confronté au regard de l’autre ou à son évaluation, réelle ou supposée que ce soit face à une personne ou à un groupe de personnes. Cette appréhension peut être plus ou moins forte selon les circonstances : elle peut aller de la simple gêne, trac, embarras ou inconfort à une véritable angoisse, voire panique ou terreur. Elle peut prendre différentes formes selon qu’il s’agisse de simple trac, timidité ou bien phobie sociale ou personnalité évitante. Elle fait partie des troubles anxieux et est le reflet d’un trouble de l’estime de soi.

Anxiété sociale ou la peur du regard de l'autre

Anxiété sociale ou l’appréhension ressentie en situation sociale

Est-il normal de ressentir de l’anxiété sociale ?

Étant des êtres sociaux, nous nous trouvons au quotidien en relation avec les autres que ce soit des relations familiales, sociales, sentimentales, amicales ou professionnelles. Il arrive, dans certaines circonstances, ou à certains moments, que ces situations ou certaines interactions génèrent de l’anxiété sociale, du stress. En effet, qui n’a pas redouté le moment où il devait passer un examen, prendre la parole en public, rendre des comptes, ou bien prendre le risque de déclarer sa flamme, ses sentiments, monter sur scène, convaincre, rencontrer une personne importante, ou qui ne n’a pas senti un grand moment de solitude confronté au réactions possible des autres dans une situation cocasse, par exemple au restaurant si malencontreusement votre écrevisse et a atterri sur le nez de votre voisin de table, etc… Il est tout à fait normal d’éprouver à certains moments du trac, de l’embarras, de l’inconfort, ou une certaine dose d’appréhension. Ainsi, nous sommes tous confrontés à un moment donné de notre vie à une certaine dose d’anxiété sociale, et cela est tout à fait normal. Là où ça ne l’est plus, c’est lorsque cette anxiété sociale devient invalidante pour notre vie et dans nos relations.

A quel moment l’anxiété sociale devient-elle pathologique ?

Lorsque l’anxiété sociale prend trop de place dans notre vie, qu’elle se manifeste dans de trop grandes proportions ou de manière trop répétée, commence à nous faire changer nos habitudes, fuir des situations de contact et d’échanges par peur du regard de l’autre ou de se sentir mal à l’aise, ou que la peur de l’autre ou de certaines situations devient trop forte, on entre dans le « pathologique ». Ainsi, si vous ne pouvez plus aller en soirée, sortir, rencontrer du monde, si la peur du regard de l’autre commence à vous paralyser, si vous ne savez plus comment réagir dans diverses situations et préférez inventer milles excuses quitte à passer pour un associal pour éviter d’affronter cette situation, si vous vous faites porter pâle pour un examen car la peur est trop forte, si vous avez envie de vomir ou l’impression de vous évanouir lorsqu’il vous faut répondre, si vous ne pouvez plus non plus aller acheter une baguette de pain pour éviter le regard des autres et de parler au commerçant, si marcher dans la rue sous le regard des gens vous met à mal, ou prendre les transports en commun, etc… on est alors dans une anxiété sociale qui n’est plus normale… et qui est donc à prendre en charge.

Il est important alors simplement de le reconnaître pour soi-même, juste reconnaître sa difficulté, voire son impossibilité de réagir autrement, ainsi que la souffrance associée, sans porter de jugement sur soi, et agir sans tarder, demander de l’aide lorsque vous n’arrivez plus seul à le dépasser ou à le gérer. Une autre chose est importante, ne pas se dévaloriser, ni croire que c’est comme cela et s’y résigner, non, ce n’est pas normal et nous n’avons pas à laisser cet état s’installer mais oui, on s’en sort, et moins encore laisser les autres se moquer, nous juger, nous mettre à l’écart ou nous dévaloriser, simplement ils ne savent pas ! Juge-t-on quelqu’un parce qu’il a un rhume ou une grippe ? Non, par contre on la soigne. De plus qui est véritablement en mesure de juger son pair ?

Quand l'anxiété sociale se transforme en attaques de panique

Quand l’anxiété sociale devient pathologique

 

Quelles sont les situations qui génèrent de l’anxiété sociale ?

De nombreuses situations peuvent générer de l’anxiété sociale.

1/ Les plus connues sont les situations où l’on doit accomplir une prestation ou une performance évaluée par d’autres personnes : passer un examen, un entretien d’embauche, prendre la parole devant un groupe, donner une représentation, etc.. On a parfois l’impression de jouer sa vie, on a peur d’échouer, de perdre ses moyens, de donner une mauvaise image de soi… on se reconnecte parfois à des échecs passé qu’on généralise, on en fait une vérité, ce qui accentue la difficulté…

2/ Viennent ensuite toutes les situations dans lesquelles il faut s’affirmer, se mettre en avant ou s’imposer : ce sont celles où l’on est amené à faire entendre son propre point de vue, ou alors demander ou refuser quelque chose à quelqu’un, exprimer un désaccord, faire une réclamation, etc.. Le problème ici porte sur la peur de la réaction de l’autre, peur de déclencher une réaction agressive, de contrarier, ou de faire souffrir, en se croyant responsable de la réaction de l’autre et en ne sachant pas comment y réagir soi-même et le gérer pour soi.

3/ D’autres situations plus courantes, voire quotidiennes peuvent aussi générer de l’anxiété sociale, ce sont toutes nos interactions au quotidien, toutes ces situations d’échanges et de contact que l’on peut avoir avec les autres au quotidien, telles qu’aborder une personne, engager une conversation, être présenté à d’autres personnes, acheter une baguette de pain, demander son chemin, exprimer ses sentiments à une personne, etc… Ici, c’est la peur de révéler ses failles qui se manifeste, la peur que l’autre lise nos émotions, nos pensées, notre malaise et la peur de se révéler inintéressant.

4/ On trouve enfin les différentes situations où l’on peut se sentir observé : observé par une foule lorsque l’on attend à un arrêt de bus, que l’on passe devant la terrasse d’un café, mais aussi observé par ses collègues au bureau, observé par les vendeuses dans un magasin, etc.. parfois un simple regard sans intention et sans que l’autre nous juge, peut suffire pour déclencher de l’anxiété sociale, comme si le regard de l’autre était inquisiteur ou accusateur, dominateur, avec la peur associé qu’il rentre dans notre intimité, perçoive le malaise, etc.. ou quelque chose d’anormal chez nous.. La peur de révéler son émotivité… et l’obsession juste de paraître normal, à l’aise…

Quelles que soient les situations, c’est finalement la peur de l’autre, la peur de son regard et de son jugement surtout qui vont déclencher ou réalimenter notre peur sociale… et derrière cela, se cache l’image que l’on a de soi (surtout celle que l’on nous a renvoyée), celle que l’on a peur de donner avec tout un tas de « croyances » associées : peur de ne pas être à la hauteur, ou bien les fameux je dois, il faut, etc…

D’où vient l’anxiété sociale ?

Mais pourquoi cette anxiété sociale, d’où vient-elle, où l’avons-nous apprise ?
Plusieurs facteurs sont possibles : certains sont génétiques, d’autres sont liés à notre éducation, notre culture, notre environnement, les conditionnements que nous avons appris, répétés, reproduits et enfin certains sont liés à ce qui s’est passé dans notre histoire personnelle. Quelles que soient les causes, elle est toujours en lien avec le regard des autres sur nous, leur jugement, plus encore lorsque nous aimerions produire une bonne impression, mais que nous pensons pas en être capable ou avoir ce qu’il faut pour… et donc un sentiment d’incapacité, d’impuissance, de ne pas être à la hauteur de… et fait partie des troubles de l’estime de soi.

Illustration des différents facteurs sociaux, culturels, éducation.. qui génèrent l'anxiété sociale

Anxiété sociale un comportement appris face au regard l’autre

Conséquences de l’anxiété sociale :

Nous connaissons tous l’anxiété sociale, nous y avons tous été confrontés à un moment donné ou à un autre, mais toutes ces situations apparemment anodines, répétées ou trop prégnantes peuvent avoir de graves répercussions dans la vie d’un individu, jusqu’à faire qu’elle devienne un enfer. Ainsi, combien de personnes préfèreront éviter certaines situations pour ne pas ressentir la peur parce qu’elle est trop forte, et sans que personne ne s’en aperçoive ? Cet évitement, cette peur, ce manque d’estime, peuvent empêcher une carrière, de se faire des amis, des relations, une vie sentimentale (..), ou vivre un enfer en présence des autres, avoir des répercussions sur la santé et peuvent conduire un individu à s’isoler complètement, parfois conduire au suicide. Quel sens à la vie lorsque tout devient si difficile, lourd et lorsque personne ne reconnaît notre détresse ou sinon pour la tourner en dérision, ou encore lorsque coupé de tout et de tout le monde tout nous semble impossible et vide de sens ?

A force d’évitement on peut en arriver en plus de renforcer ses peurs, à :

  • Perdre toute estime de soi et toute confiance en soi, passer pour quelqu’un de froid et non sociable, se sentir différent, inférieur, impuissant.. et pire encore croire que c’est normal d’être comme cela et que ça le restera
  • Ne pas être respecté, et ne pas se respecter ou respecter ses besoins, se faire gruger et parfois même se mettre en danger pour éviter d’attirer l’attention, surtout pour paraître « normal »
  • Renoncer à certaines rencontres, mises en relation ou opportunités
  • Refuser ou trouver les moyens pour éviter de passer un examen, de se présenter à un entretien, renoncer à une carrière
  • Renoncer à sa vie sentimentale, croire qu’elle est impossible au vu des difficultés et incompréhensions
  • Éviter toute situation sociale, couper tout contact pour ne pas affronter le regard des autres, ne plus être jugé, même si ça fait souffrir
  • Se retrouver complètement seul, isolé, exclu, dans une situation précaire, sans plus personne, sans plus aucune relation et sans oser demander de l’aide
  • Attaques de panique, dépression, alcoolisme, suicide…

Un remède contre l’anxiété sociale ?

Non pas un mais plusieurs, tout autant qu’il y a de personnes et d’histoires… le premier pas consistant à prendre du recul, reconnaître ce qui se passe en soi dans certaines situations et à vouloir entrer dans une démarche de changement. La peur ne demande qu’une chose, c’est d’avoir peur ! Cela demande du courage, du temps, de l’investissement, mais si vous le voulez vraiment, vous allez y arriver.
Je parlerai de tout cela dans de futurs articles et donnerai quelques outils lorsque c’est possible, mais sachez que tout est question de perception et de représentation : quelle image j’ai de moi, quelle représentation je me fais de l’autre, de la situation ? S’estimer, reconnaître sa valeur, se faire confiance, s’aimer, se respecter, apprendre à entrer en relation et à mieux communiquer avec autrui est essentiel pour bien vivre sa vie et bien vivre avec les autres, cela s’apprend et se cultive.

Alors, comment vous percevez-vous vous-même ? Et quelle est votre relation aux autres ?

 

Les articles qui suivent vous informent sur :